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Quelques unes des palettes contenant la collection C'est bien le fameux Squale qui a tant fait couler d'encre Sylvain en train d'expliquer ce qu'est cette carte Premier tri de la collection
Interview : Acquisition par le CNAM de la collection Bizoirre de micro-ordinateurs


jeudi 6 décembre 2007

Un évènement de taille dans l’univers du patrimoine informatique en france vient de se passer. Le Musée des Arts et Métiers, avec la collaboration de l’Institut Robert Hooke (IRH / Université de Nice) a fait l’acquisition en mars 2007 de la collection de micro-informatique de Sylvain Bizoirre, qui a été un des principaux animateurs et contributeurs du site old-computers.com.
Cette collection qui comprend prêt d’un millier de pièces, comporte également un très grand nombre de documentation, périphériques, revues.

Nous avons interviewé Sylvain pour connaitre le contexte dans lequel s’est fait cette acquisition.

Interview réalisé par Laurie Chiara (IRH)

Quelques questions en temps que collectionneur

Laurie Chiara. : Pourquoi avoir choisi de vendre votre collection au CNAM plutôt que de la mettre aux enchères sur e-bay ou de la vendre à l’étranger ?

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Quelques unes des palettes contenant la collection

Sylvain Bizoirre. : Parce que je préférais qu’elle reste en France, et le seul endroit capable d’assurer sa pérénité et d’en tirer le meilleur parti m’a semblé être le CNAM. J’ai reçu plusieurs propositions de différents endroits du monde, mais j’ai continué à privilégier un futur « hexagonal » pour cette collection.

L.C. : Quelle est la valeur « marchande » d’une pièce ancienne ?

S.B. : Question rituelle... à laquelle il est difficile de répondre. La valeur d’un ordinateur ancien obeit maintenant aux lois de l’offre et de la demande, un peu, mais dans une moindre mesure, comme le marché de l’art. La valeur d’une pièce rare est égale au montant maximum que peut investir le collectionneur (ou parfois investisseur) le plus motivé et/ou fortuné, ou qu’il soit dans le monde ; Ebay favorisant grandement l’internationalisation des ventes de machines rares.

L.C. : Que représente cette collection pour vous ?

S.B. : Au risque de vous étonner : Plus rien. Mais c’est assez lié à des considérations personnelles. Elle représente une longue période de passion quasi exclusive sur laquelle j’ai tiré un trait définitif pour passer à d’autres activités qui n’auront plus rien à voir avec l’informatique en général.

L.C. : Quelle a été votre première pièce et comment vous est venue l’idée de commencer une collection… pour le moins encombrante !

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Sylvain en train d’expliquer ce qu’est cette carte

S.B. : Tout a commencé à la braderie de Lille en 1985. J’étais alors responsable du marketing chez Sharp et je m’occupais entre autres d’une ligne d’ordinateurs personnels et professionnels. J’ai alors vu un ordinateur Sega SC-3000 sur un stand vendu à 50 francs. Cela a provoqué un véritable bouleversement dans bon nombre d’idées arrêtées que j’avais au sujet du marché de l’informatique et de son évolution. J’ai longuement discuté avec le vendeur de cette machine qui avait moins de 2 ans et avait été achetée 2000F neuve. En résumé, ce vendeur disait : « j’ai acheté cet ordinateur pour faire comme tout le monde, mais il ne m’a jamais servi à rien parce qu’il faut être informaticien pour s’en servir » Je l’ai donc acheté et pensé alors que ce raisonnement allait se généraliser à tous les déçus de la mode informatique et que bon nombre d’ordinateurs seraient ainsi bradés.
Ma chance est d’avoir été l’un des premiers en France à tenir ce raisonnement et j’ai donc pu acquérir pendant plusieurs années des dizaines d’ordinateurs auprès de particuliers désabusés avant que quiconque ne pense à collectionner ces choses inutiles.

L.C. : Il s’agit du fruit de combien d’années d’efforts, de sacrifices et de recherches ?

S.B. : 1985 - 2007, soit 22 ans pendant lesquels tous mes loisirs ont été consacrés à la recherche de machines de plus en plus rares, mais aussi à la mise en valeur de ces machines dans le site old-computers.com dont j’ai été le contributeur principal pendant plusieurs années. Une passion réellement dévorante, en temps, en moyens et en finances. Il n’était pas rare que je fasse 1000 km ou plus dans une journée, en France ou en Europe, pour récupérer une nouvelle machine. Avec le recul, je trouve maintenant cela très excessif, et surtout très néfaste à l’environnement personnel et familial. Bref, je ne recommanderais à personne de tenter cette expérience avec une telle passion et sur un si longue période.

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C’est bien le fameux Squale qui a tant fait couler d’encre

L.C. : La collection présente-t-elle des pièces uniques au monde ?

S.B. : Oui, plusieurs pièces sont uniques, comme certains prototypes ou machine qui ont à peine eu le temps d’être commercialisées. D’autres existent en très peu d’exemplaires et font rêver bon nombre de collectionneurs actuels.

L.C. : Pourquoi vous en séparer aujourd’hui ?

S.B. : Parce que j’ai eu envie de tourner la page, de me libérer de cette passion qui mobilisait trop de mon temps, mon énergie, et sacrifiait ma vie privée. J’ai maintenant envie d’oublier définitivement cette collection, tout en sachant qu’elle est en de bonnes mains, et de repenser la suite de mon existance très différemment. Tout cela est en fait lié à des considérations personnelles.

L.C. : Comment est née cette passion de l’informatique ?

S.B. : Très tôt, dès l’apparition des premiers ordinateurs en kit que l’on pouvait acheter dans les années 1975 sans trop se ruiner. J’en ai fabriqué plusieurs, de plus en plus puissants et complexes, ce qui m’a permis d’être classé parmi les rares « gourous » de l’époque qui savaient expliquer et dépanner un ordinateur, et de faire mes premiers pas professionnels en informatique

 
L.C. : Est-elle intacte ?

S.B. : Voir réponses précédentes... Je suis maintenant un utilisateur lambda de PC, toujours très attentif aux évolutions technologiques et logicielles, toujours féru de programmation ; mais on peut considérer cela plus comme de la « veille technologique » que comme une passion.

L.C. : Selon vous quelles pièces viendront s’ajouter dans les prochaines années ?

S.B. : Le problème d’un telle collection est qu’elle est pratiquement sans limites. Si l’on veut rester dans le cadre strict des ordinateurs anciens (fabriqués avant 1995 et non compatibles PC) , on peut estimer leur nombre à environ 4000, sans compter les consoles de jeux et autres pongs que je ne considère personnellement pas comme de l’informatique.

Quelques questions un peu plus « larges » sur le passé et l’avenir de l’informatique

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L.C. : A votre avis, les avancées informatiques répondent-elles à des besoins ou les besoins sont-ils crées par des produits de plus en plus performants ?

S.B. : Il faudrait cadrer précisément la notion de besoin, mais ça serait un peu long. Avant qu’ils n’apparaissent, avait-on vraiment besoin des écran plats ? L’évolution des technologies et logiciels va de paire avec les attentes des utilisateurs. Si un produit ne correspond pas ponctuellement à une réelle attente, il est rejeté et oublié. Le cas s’est très souvent rencontré dans l’histoire de l’informatique. Il y a donc une évolution parallèle entre offre et attentes, tantôt, c’est l’attente qui crée le produit, tantôt c’est l’inverse.

L.C. : Selon vous quelles propriétés informatiques vont se développer dans les cinquante prochaines années ? (3D, gros calculateurs etc.)

S.B. : Le sujet est vraiment vaste, mais je crois beaucoup au développement de l’ordinateur neuronal, celui dont le fonctionnement est calqué sur celui de notre cerveau. De gros travaux sont menés depuis plusieurs années dans ce domaine, surtout au Japon. La technologie est encore balbutiante mais progresse à grands pas. Sans vouloir trop faire de science fiction, je pense que dans 50 ans, les ordinateurs auront des capacités ’intellectuelles", un niveau et une profondeur de raisonnement assez proches de celui des humains, et qu’ils les remplaceront probablement souvents pour prendre des décisions importantes dans des environnements complexes.
La notion d’ordinateur n’existera certainement plus. Toute l’électronique, aussi puissante soit-elle, sera intégrée dans les écrans de la maison et reliée à un réseau global qui fournira applications, données et « intelligence » à la demande.

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Premier tri de la collection

L.C. : Le retour à un intérêt pour la culture pop vintage joue-t-il en faveur de la création de musées de l’informatique ?

S.B. : Je ne crois pas en la pérénité d’un musée exclusivement dédié à l’histoire de l’informatique. Le sujet est trop restreint et trop spécifique. L’histoire de l’informatique, pour être assimilable par un large public, devra être intégrée dans le contexte global de l’évolution des technologies du 20ème siècle. C’est aussi dans cette optique que j’ai confié ma collection au CNAM

L.C. : Si le logiciel Seconde Life ne révolutionne pas le monde de la programmation, il a chamboulé le quotidien d’un grand nombre de citoyens et pose la question du « jusqu’où peut on aller en matière « de réalisme virtuel » ? ». De ce point de vue, selon vous, les avancées technologiques les plus abouties doivent-elles rester entre les mains des professionnels ?

S.B. : Que la technologie reste aux mains des professionnels est une bonne chose, car seules les entreprises ayant un fort potentiel de R&D pourront influer sur les évolutions technologiques les plus déterminantes. Second Life n’est pas une révolution, ni technologique, ni logicielle. Il profite simplement d’un accroissement des capacités de stockage de l’Internet (pour faire simple) mais utilise des concepts apparus dans certains jeux des années 95. Cet accroissement de capacités donne simplement plus de réalisme 3D et l’impression pour l’utilisateur d’un monde quasiment infini et très proche de ses attentes d’évasion.
 


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