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Les ordinateurs exposés au Musée des Arts et Métiers (Paris)


samedi 16 juillet 2011

Il y a quelques mois, le Musée des Arts et Métiers a acquis une des plus grandes collections privées d’ordinateurs du monde. Cette collection est en cours d’inventaire. En attendant, beaucoup l’ignorent, mais le musée parisien expose, depuis plusieurs années déjà, d’autres ordinateurs anciens, ainsi que leurs ancêtres. Le musée vient aussi d’organiser une exposition temporaire consacrée exclusivement aux différents types de mémoires informatiques (RAM, ROM, mémoires de masse, etc.). Visite.

Voir en ligne : ACBM

Le Musée des Arts et Métiers ne propose pas de section purement informatique. En fait, les ordinateurs sont dispersés dans plusieurs salles.

Au niveau 2, là où commence la visite, dans la section « Instrument scientifique », on trouve les ancêtres de nos ordinateurs avec la machine à calculer mécanique de Vaucanson (environ 1830), l’additionneur de Didier Roth (1841), la machine multiplicatrice circulaire (même inventeur, même année), l’arithmomètre de Thomas de Comar (environ 1850), l’arithmaurel à 8 chiffres de Maurel et Jayet (1854), la machine à multiplier de Léon Bollée (1889), l’arithmographe (même inventeur, 6 ans plus tard)...

Des réalisations sublimes faites de bois et de métaux, dont on aurait aimé tester des reproductions fonctionnelles, au moins virtuellement. Malheureusement, l’atelier ne propose qu’une reproduction de la célèbre Pascaline, des Bâtons de Neper et un gros boulier chinois. Un peu plus loin, à la section « Matériaux », on pourra admirer différents métiers à tisser, faits de bois et de métal eux aussi, qu’on pourrait considérer comme les ancêtres des machines programmables.

Mais avant cela, on s’attardera sur deux ordinateurs aussi imposants que rares : un mythique Cray-2 de 1985 (dont il n’a existé que 30 exemplaires) et un IBM 7030 (produit à seulement 8 exemplaires, vendus chacun à 60 millions d’euros !) qui utilisait une mémoire à tore de ferrite. Pour la petite histoire, le modèle exposé a servi au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) de 1963 à 1973.

Ceux qui apprécient également les robots trouveront leur bonheur quelques mètres plus loin avec un modèle Hilare 1 de 1977 et ses deux gros yeux-caméras à la Wall.E, deux des capteurs qui lui permettaient de progresser en milieu inconnu. Le robot écureuil de 1990 sait monter aux échelles et le gros Autovacc de 1990 de la forme d’un véhicule était un prototype de robot chargé du nettoyage. On passera rapidement à côté du chien robot Aibo (2005) vu et revu, et on s’attardera plus volontiers sur le robot Lama, conçu par la société russe VNII Transmash et spécialisé dans l’exploration autonome des sols extra-terrestres. Avec encore plus d’attention quand on saura qu’il fonctionne grâce à deux microprocesseurs 68040 et deux microprocesseurs PowerPC.

Rendez-vous maintenant au niveau 1 à la section « Communication », en passant par celle dédiée à la « Construction » et ses vitrines montrant les charpentes de monuments plus ou moins célèbres. C’est totalement hors-sujet pour nous, mais passionnant ! On pourrait, d’ailleurs, faire la même remarque pour les autres sections du musée dont nous ne parlerons pas ici... La section « Communication », donc, commence avec les machines dédiées à l’impression, des télégraphes (dont le modèle de Wheatstone et Cooke de 1842), des machines à écrire (dont la Remington n°1 de 1878), des magnétophones, des télétypes (par exemple, le Morkrum de 1927), des appareils photo, des tourne-disques, une immense machine à composer photographique Lumitype 550 du milieu des années 1960 (enfin quelque chose qui ressemble à un ordinateur !), des téléphones, des télécopieurs et - il était temps - une vitrine avec des micro-ordinateurs !

Au menu, du classique : TI99/4A de Texas Instrument, Commodore 64, Thomson TO7-70 (à clavier mécanique) et son cousin MO5, Oric 1 et son descendant Atmos, Sinclair ZX81 et Spectrum, IBM PC de 1981 (le vrai !), Lisa II d’Apple (un ordinateur de haut de gamme à sa sortie, relativement rare et qui a cohabité avec le Mac en 1984). Le seul représentant des années 1970 est un Micral N attribué à François Gernelle (1972) - pour beaucoup, le premier micro-ordinateur de l’histoire était français !

Du 18 novembre dernier au 26 avril 2009, se trouve également au niveau 1, une installation « De mémoires d’ordinateurs », réalisée en partenariat avec la Fédération des Equipes Bull (FEB). C’est très rare que le musée réalise une exposition temporaire dédiée à l’informatique alors profitons-en, même si elle ne fait que deux salles, relativement vides. La première contient une unité disques magnétiques interchangeables de RCA (1962), de la taille d’une armoire. Elle peut avaler 128 disques de deux faces chacun, de 2 pistes de 10 secteurs de 900 caractères (nous vous laissons calculer la capacité totale en guise d’exercice...). Le débit est de 2950 caractères par seconde. N’oubliez pas d’ajouter le temps de montage (2,25 secondes), celui de démontage du disque précédent (1,5 seconde) et celui de retournement au besoin (1,25 seconde).

De l’autre côté de la pièce se trouve une vitrine montrant l’évolution des mémoires, vives ou de masses. Premier représentant : une mémoire unitaire à tubes à vide de Bull (1953) pour calculateur Gamma 3. Cette mémoire mesure 26 x 13 x 4,5 cm et pèse 525 gr. Capacité ? 1 bit ! Représentant suivant : un bloc mémoire à tores de ferrite pour GE100 de General Eletric (1964). Plus gros (65 x 45 x 14 cm pour 3,2 kg), il permet de stocker 8 000 fois plus d’informations. Puis on passe à une carte mémoire vive (à tores de ferrite encore) de la Compagnie Internationale pour l’informatique (1972) dédiée à l’IRIS 50. Elle stocke deux fois plus de données pour un poids de seulement 710 gr. La technologie des circuits intégrés permet une plaque DRAM de 128 kbits au total pour Bull 64/60 (1974) avec un poids presque divisé par deux (401 gr). Idem pour une plaque PROM de la même machine qui stocke 1 kbit dans 585 gr. Enfin, avant d’arriver à des accessoires plus contemporains (disquettes, clef USB, barrettes RAM pour portables...), on termine avec la DRAM d’un ordinateur BULL DPS 7 (1984).

A l’entrée de la pièce suivante, se trouve une borne interactive, dont le contenu figure aussi sur Internet. Dans une vitrine juste à côté, on trouve des ancêtres des mémoires d’ordinateurs et d’autres supports de stockage : disque musical perforé, cassette audio, rouleau de papier perforé pour piano mais aussi cartes perforées pour ordinateur, carte à puce, etc. Au centre de la pièce, une autre vitrine accueille un « éclaté » de Bull 30 (un compatible PC de 1985) et un « éclaté » de portable Nec Versa P440 (2006). On trouve aussi dans le meuble la coupe d’un disque pack composé de six disques (1978) de 63 cm de diamètre pour une capacité de 1,2 Go. Son voisin est un tambour magnétique de 128 kbits pour Gamma 3ET de Bull (1956), il entrerait dans un cube de 30 cm de côté et pèse 19,5 kg. Enfin, une dernière vitrine un peu fourre-tout propose un microprocesseur, un barreau de silicium monocristallin (1990), un ensemble de 20 relais électromagnétiques provenant d’une tabulatrice Bull 1948, etc. N’oublions pas tout autour de la pièce, une fresque expliquant le fonctionnement d’un ordinateur en insistant sur les différentes mémoires impliquées aux étapes successives.

Au final, le musée des Arts et Métiers permettra à nombre de passionnés d’informatique (ou simples curieux) d’admirer des objets plus anciens que ceux qu’ils ont eu l’occasion de voir jusqu’à présent. On pourra reprocher au musée un côté un peu aride, le manque de descriptifs et d’interactivité. Et si on se base sur la densité constatée dans d’autres musées ailleurs dans le monde, plus de choses pourraient être exposées (mais moins bien mises en valeur. C’est un choix à faire...). Espérons que la collection privée acquise dernièrement ne restera pas dans les réserves et fera l’objet d’une exposition digne de ce nom, et pourquoi pas d’un musée à part entière. En attendant, on apprécie de voir l’attention qui est portée aux matériels - on sent un souci de préservation et de conservation qu’on ne trouvait pas à l’exposition de La Défense, par exemple.


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